Baslique
San Pedesta Genève.Pagini, l'honorable
initié du Choeur Céleste, ruisselait de sueur. Chaque
épreuve au sein du Choeur Céleste était à
la fois mentale, et physique. Le Choeur éprouvait sa fois pour
l'Unique de Pagini tandis qu'il devait rester immobile, et fixant les
flammes de Prime. Pagini, vouté sur une longue canne ornée
d'or et prolongée d'une croix priait depuis de longues heures.
Les yeux fixés sur les lueurs de l'unique, Pagini affinait sa
compréhension du Prime et réussit au bout de longues
heures à manipuler une partie de cette énergie. Cela
faisait un peu plus d'une semaine que Pagini travaillait ses dons en
alternant études, prières, psaumes dans la grande
salle. Pagini sentait ses muscles se tendre, prêt à
lâcher quand il réussit enfin à faire mouvoir les
ondes de Quintessence.
Il observa ses collègues.
Il ne connaissait pas encore leur nom mais il devinait leur trait à
travers leur grande toge noir. Une large capuche coiffait leur tête
et une griffe en plaqué or maintenait la toge sur leurs
épaules.
Puis un soir, ses paroles
vinrent se réverbérer dans les ondes de Prime pour en
former une sorte de lueur divine. Pagini avait réussi à
manipuler les premières énergies du Prime.
Il finit par se décider
de mettre fin à cet exercice sous l'approbation de son
supérieur. Les prêtres du Choeur n'ont jamais été
libre et étaient soumis à un mode de vie très
strict. Diverger de points de vue, ne pas obéir à un
ordre de la hiérarchie était source de bannissement, au
mieux de la disgrâce. Non, le Choeur Céleste n'était
pas une Tradition souple où la tolérance n'était
pas vraiment le mot d'ordre de la secte et Pagini incarnait cet état
d'esprit.
Il prit le chemin de sa
chambrée. A peine entrant, il posa un genou à terre,
inclina la tête vers le bas et récita une prière
en l'honneur du Prime. Le rituel effectué, il s'allongea sur
son lit. Ses pensées dérivèrent puis vinrent se
fixer sur ses collègues d'Interpol. Il se redressa et alluma
machinalement le petit téléviseur. Il tomba sur
l'incident du périphérique.
Pagini ne le savait pas
mais c'était son avatar qui l'avait poussé à
allumer la télévision. Mais qui s'en serait douté?
Un mage expérimenté? Non, l'expérience
n'indiquait en rien l'attention du monde surnaturel.
Pagini finit par se
rendre à l'hôpital mais nos survivants étaient
toujours bien mal en point.
Une semaine plus tard,Pagini apprenait le réveil de ses compagnons. Mais presque au
même moment où il apprenait la dimension des événements,
d'autres se déroulaient dans l'ombre. Un message sur son
portable l'avertit que la Cathédrale était en feu.
Le prêtre était
déjà sur le chemin du retour. Dans son véhicule,
il se concentra, psalmodia. Son conscience traversa l'espace et le
temps. Il se promena à travers les braises et le feu
rougeoyant pour explorer les décombres du passé. Son
Maître le Cardinal Shol Tierzol était en prise avec un
Technocrate. Le Cardinal affichait un bâton renforcé par
l'énergie divine, son assaillant arborait une sorte de sabre
mué par une énergie verdâtre. Cette énergie
venait se reflétait sur la pierre de la battisse. Le Maître
montrait une énergie incroyable et semblait démontrer
une vivacité d'esprit qu'aucun humain de cet âge avancé
n'aurait été capable de réaliser. Mais c'était
un Maître.
Et bien qu'il fut
Détenteurs des savoirs de la Tradition, il n'en était
pas moins un des consultants du Conseil des Neufs. Il retournait
chacune des attaques de son assaillant. Il combattait tels des démons
dans les couloirs déserts, sombres et froids de la Basilique.
Les décharges d'énergie donnaient de nombreux éclairs
à chaque entrechoquement. Mais le Technocrate savait aussi
utiliser son environnement à son avantage. Le Maître
buta sur une dalle et se retrouva au sol, son bâton volant à
plusieurs mètres. Il était désarmé. C'est
du moins ce qu'avait pensé le Technocrate.
Le Maître saisit un
pendentif et psalmodia. L'assassin vit son arme se briser et
disparaître dans le néant. Une onde de choc l'envoya à
terre. Le Maître se redressa difficilement.
Mais l'autre était
déjà debout et courait vers lui déchaîné.
Une lumière illuminait sa ceinture. Une explosion secoua la
Basilique. L'assassin s'était suicidé. Le Maître
lui avait échappé à l'explosion mais tombait
plusieurs dizaines de mètres en contre bas. C'est ainsi que le
retrouva Pagini alors qu'il traversa les flammes et l'Enfer pour
retrouver son maître.
Mais les flammes
n'étaient pas des flammes ordinaires. Elles étaient
noires. Et une seule chose pouvait faire ce genre de pouvoir. Alors
que Pagini ramenait son Maître dans une ambulance, il tourna
instinctivement la tête vers sombre Cathédrale en proie
aux flammes.
A l'intérieur,
descendant en flottant d'une charpente, une créature faisait
son apparition. Les flammes sortirent du corps de la chose. Un
brouillard vert pâle sortait de ses orbites. Sa peau noircie
par la suie, et brûlée en faisait une sorte d'être
inhumain. Son habit noir semblait s'embraser mais toujours demeurer
en son état d'origine. Sur le col de sa veste, les armoiries
des Euthanatos étaient toujours visibles.
* * *
Canal 12. Une jeune femme blonde
avoisinant la trentaine achevait son rapport journalier. Le journal
du 20h s'achevait et les pages de publicité se succédaient
inlassablement quand l'annonceur de la météo nationale
déferlait enfin.
Un homme, le crâne
dégarni, les yeux rougis par la fatigue démontrant un
certain manque de sommeil se présenta. Plusieurs couches de
maquillage tentaient de dissimuler les sillons de son âge
avancé et surtout la tension qui régnait sur son
visage.
- Mesdames, messieurs,
un cyclone semble se diriger ou plutôt se former au dessus de
la Suisse. Depuis, un mois maintenant, nous faisons l'objet de
pluies diluviennes notamment sur la ville de Genève. L'Armée
a mis en place des digues artificielles pour limiter le Lac Léman.
Bien qu'étant en plein mois d'avril, nous oscillons entre des
températures de -15°C et à peine 5°C. Un
gigantesque cyclone semble venir du Sud de l'Italie et se concentre
de jour en jour. Il atteindra une amplitude de 4 avec des vents de
230 km/h. L'armée a d'ores et déjà prévus
des mesures pour « accueillir » le cyclone.
Une vidéo
accompagne les dires du journaliste et présente la
construction de structures renforcées. Des civils voyageant
ou vivant en mobilhome sont redirigés vers le Nord du pays.
Une autre vidéo
prend le relai et montre l'amplitude du cyclone.
- Nous demandons donc
à tous les citoyens de la ville de Genève de rester en
sécurité chez eux notamment dans les caves ou de
rejoindre les autres cantons s'ils le peuvent.
* * *
Sous la pluie battante de
Genève, les Mages poursuivaient leur enquête. Nordstörm
était loin de se douter qu'il était responsable en
partie du temps reignant sur Genève. Mais il n'était
pas le seul... Et la raison de cette situation allait bientôt
éclater. Et pas forcément pour les réjouir.
Les révélations
tombaient une à une.
Le Maître du Choeur
Céleste avait finalement été assassiné
dans son sommeil à l'hôpital. Les Adeptes du Virtuel
avait pu capté une liaison montrant que Kell lui-même et
un autre homme au visage brouillé s'en étaient chargés.
Cet autre homme semblait provenir des Progéniteurs. Une autre
faction redoutée de la Technocratie. Le Nouvel Ordre Mondial
et cette faction s'étaient réunis pour assassiner un
des derniers Maîtres encore vivants.
Chose encore plus
troublante, ce Maître était un proche de l'ancien Maître
Euthanatos assassiné cinq ans auparavant. Et ce Maître
Euthanatos n'était tout autre que l'ancien Maître de
Simon Estelli. A cet époque Simon Estelli était un
Adepte et reconnu comme l'un des Mages les plus prometteurs de sa
génération. Ce dernier avait une nouvelle fois disparu
et deux Maîtres l'ayant cotoyé de près étaient
morts. Une Adepte du Culte de l'Extase avait elle aussi succombé.
Il semblait que tous les proches de l'Euthanatos étaient
amenées à disparaître.
Quel était cette Magie Noire qui semblait affecté la Magie elle-même?
Une amie intime de Nina Taylor révéla que Simon Estelli était l'amant de
Nina Taylor et celle-ci voulait rompre avec sa vie présente et
se consacrer à son amour secret. Mais cet amour fut
brutalement arraché par sa mort. Simon Estelli semblait être
une partie de l'énigme.
L'autre partie de
l'énigme était la Technocratie. Ceux-ci semblaient avoir annihilés tous les Mages de manière sanglante.
Les différentes pièces du Plan s'emboîtaient les uns dans les autres et ne laissaient présager rien de bon. Les
Mages d'Interpol devinaient un plan bien sombre.
Et tandis que l'enquête
arrivait à son terme, les morts pleuvaient, le cyclone
approchait annonciateur d'une brûlante vérité,
une vérité si terrifiante que les Mages semblaient
frissonnaient à chaque Éveil.
Chaque pas marqué dans la pluie semblait être un fardeau abominable pour ces
jeunes initiés.
La dernière partie
de l'énigme constituait la dernière partie du puzzle.
L'homme au Corbeau. Il demeurait introuvable. Mais le cyclone
approchait. L'oeil se dessinait déjà.
Cette partie demeurait
encore obscure.
Non loin du « 3P »Nordstörm, Pagini, et Madame Mounia quittaient la maison close
lorsque leur regard se portèrent sur un corbeau. Que faisait
un corbeau là? Sous cette pluie battante, le corbeau les
observaient sur une corniche. Puis lassé probablement, il
décolla. Ils essayèrent de le suivre mais la pluie les
en empêchait.
Finalement, grâce à la voiture de fonction de Pagini,
ils purent le suivre. Le corbeau avait contourné puis longé
le bâtiment pour se réfugier dans un renfoncement. Plus
qu'un renfoncement, il semblait que ce soit une ancienne baie vitrée
circulaire. Mais elle avait été fracturée.
Essayer de déceler un moyen de monter dans ce renfoncement,
ils essayèrent de trouver un moyen de grimper là haut
mais rien ne le permettait.
La sonnerie du portable de Pagini résonna :
- Ici, Berson, sortez de votre voiture maintenant, elle va exploser!
Sans même rechercher le comment du pourquoi, tous les Agents
sortirent du véhicule. La voiture blindée, celle prêtée
à François Pagini pour Interpol explosa. La fumée
révéla l'origine de l'explosion. De la verrière
cassée, une forme sombre se dessinait. Il y avait quelque
chose ou quelqu'un qui était responsable de cette attaque.
Ils firent demi-tour et demandèrent au bar man du 3P un moyen
de grimper dans l'appartement correspondant. Et comme le principe de
l'aléatoire est bien de prendre une certaine cohérence
à un certain moment.
Une plaque indiquait le nom de l'ancien propriétaire de
l'appartement : Nina Taylor.
Armes à la main, les mages entraient. L'endroit semblait
désert. Le vent et l'humidité leur rappela que la
verrière avait été fracturé. Le plancher,
qui anciennement devait être splendide, était gondolé.
La vermine minait le sol. La cheminée sur la gauche n'offrait
rien de plus que des filins de suie dansant avec les petites
bourrasques s'engouffrant dans la pièce. Sur la droite, en
face de la cheminée, il y avait les vestiges d'un lit. Les
couvertures avaient rongées par les rats. Un corbeau s'envola
à leur arrivée et disparut sous les pluies diluviennes.
La forme sombre était tout simplement un vieux modèle
soviétique de lance-roquette. Il flottait dans l'air.
Déclenchant leur sens des façons les plus hétérogènes
qu'elles soient, nos mages identifièrent un petit fil de
Correspondance.
Quelqu'un avait manipulé cet objet à distance.
Pagini en remontant le temps, n'eut pas la capacité de voir
qui avait effectué cette tâche. Le mystère de
l'homme au Corbeau demeurait.
* * *
Revenant vers le QG d'Interpol Pagini était celui qui avait les sens les plus aiguisés.
Alors qu'il reprenait le chemin du retour, à 100 mètres
de la tour du QG d'Interpol, une vive sensation attira son attention.
Il tourna la tête et à travers son pare brise
ruisselant, il vit une forme dont une lueur verdâtre semblait
se dégager dans la noirceur d'une ruelle.
Il fit demi-tour. La Forme n'était plus là. Il regarda
à droite et à gauche. Rien. Un crissement métallique
attira son regard à quelques mètres au dessus de lui.
Il vit quelque chose qui escaladait l'immeuble. Il reconnut le reste
d'un manteau, un manteau qui lui paraissait si familier. La
silhouette disparut au dessus du toit. Ce manteau, Pagini l'aurait
parié. C'était celui de son ancien coéquipier
Simon Estelli.
* * *
Bâtiment des études météorologiques
de Genève Alors qu'au dessus d'un immeuble, une bataille de Mage faisait rage,
un météorologue se penchait au dessus de ses multiples
instruments.
- Cette chose accélère, puis décélère.
Elle semble douée d'une volonté propre. Il est
impossible de prévoir son arrivée. Mais....
Le scientifique pâlit.
- Elle se renforce. Une catégorie... 5. Ici en Suisse, c'est
impossible. Mais que... Je deviens fou maintenant. J'ai cru un
moment qu'elle ait changé de couleur.
Le scientifique se posa sur son fauteuil transpirant pensant au
moment où il devrait annoncer la nouvelle à la
population locale.
Il reposa les yeux sur son instruments. Le thermomètre
indiquait une chute de 25°. L'oeil atteignait une dimension d'une
centaine de kilomètres pour une hauteur de 1000m. Et ça,
ne fait qu'empirer.
Mais le scientifique n'avait pas été victime d'une
hallucination. L'espace d'un instant, le cyclone avait vu sa teinte
couleur de neige s'obscurcir pour adopter une robe noire.