Hope's Requiem


 
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 [Scénario] Froid dans le Dos

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Sarevok
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MessageSujet: [Scénario] Froid dans le Dos   Mar 27 Mar 2012 - 14:21

« Vous en avez encore pour longtemps ? On se gèle ici ! Dépêchez-vous de prendre une décision afin qu’on poursuive la route !
- Nous faisons du mieux que nous pouvons, Mikuhime-sama
» s’excusa platement le samurai du clan du Lion qui inspectait une carte de la région avec ses compagnons de route. Une tempête de neige menaçait de se lever et il fallait que le convoi qu’il était chargé de protéger puisse poursuivre sa route sans risque d’être ralenti par la neige ou pire, bloqué et à la merci d’une attaque de bandits.

Akodo Keitaro était le Yojimbo personnel de Ikoma Mikuhime, une jeune apprenti-courtisane prometteuse et fille de son seigneur, Ikoma Yanabu. Sa protégée était conviée au prochain Palais d’Hivers, la cours la plus prestigieuse de la saison dans tout l’Empire, qui allait se dérouler à Kyuden Asako, afin de parfaire ses méthodes. Mais Yanabu savait également que sa fille bien aimée, aussi douée soit-elle, était néanmoins une incorrigible enfant gâtée à la langue acerbe, capable de faire sortir de ses gonds même le plus doux des moines de la Confrérie de Shinsei.
Ainsi avait-il fait appel à ses relations afin que des Bushis ayant une réputation de sérénité exemplaire soient mandatés pour protéger le convoi sans risquer de manquer de respect à la courtisane pour son attitude si désinvolte.
Le Clan du Lion était actuellement dans une situation tendue avec le Clan de la Licorne, aussi la majorité des bushis du Clan étaient en manœuvres près des frontières. Et il était hors de question de prendre le risque de faire appel à un Bushi de la Licorne. C’est un ainsi que trois valeureux samurais reconnus pour leur calme autant que leurs compétences lui furent envoyés pour participer au voyage : Togashi Shiryû, un Bushi du Clan du Dragon réputé comme étant la plus fine lame de sa génération, Daidoji Kojiro, un Yojimbo du Clan de la Grue descendant d’un grand héros de cette Famille et aspirant à lui ressembler, et enfin Shosuro Akira, un jeune Bushi du Clan du Scorpion sombre et taciturne dont les seuls buts dans la vie étaient vraisemblablement d’accomplir les missions qui lui sont confiées.

C’est avec ce petit groupe particulièrement hétéroclite, mais composé de guerriers aux nerfs d’acier que la caravane se mit en route. Il y avait trois chariots dirigés chacun par un cocher heimin ayant reçu un entraînement rudimentaire à la lance. Le premier chariot, assez solide et d’un confort limité, servait de transport pour Shiryû et Akira, qui n’avaient pas de montures, ainsi que pour le cuisinier et le palefrenier du convoi. Le second, très luxueux et confortable mais peu solide, servait de cabine pour Mikuhime et ses servantes. Enfin, le troisième qui fermait la marche était un lourd chariot très solide qui servait à transporter le nécessaire de voyage, tel que les tentes, les braseros, la nourriture, les armes, etc.
Le convoi avança de bon train dans les premiers jours, les routes du Clan du Lion étant bien entretenues et assez bien protégées tout au long de l’année pour dissuader les bandits de s’installer trop près des zones de patrouille. Cependant, après plusieurs jours passés sans encombre. Le temps commençait à se gâter. D’abord quelques petites chutes de neiges sans gravité mais qui ralentissait l’allure des chevaux, puis au fur et à mesure que la caravane avançait, la météo se fit de plus en plus capricieuse, jusqu’au moment où le convoi dû s’arrêter à cause de plusieurs troncs d’arbres déracinés qui bloquaient l’entrée d’un petit bois. Keitaro et les autres samurais se mirent ainsi à étudier les cartes des environs pour choisir un itinéraire suffisamment sûr qui ne ralentirait pas le convoi et à l’abri de toute attaque de bandits.


Après avoir tergiversé quelques temps et malgré les remarques plaintives et blessantes de la dame qu’ils devaient protéger, les samurais se mirent d’accord sur le prochain itinéraire à suivre : la caravane devrait longer le bord nord-est du bois et couper à travers la plaine afin de ne pas perdre trop de temps.
« Il n’y a aucun rapport d’activités récentes de banditisme dans cette zone, affirma Keitaro en indiquant la zone en question du doigt sur un point indiqué sur sa carte.
- Très bien, et en continuant vers le nord, nous devrions rejoindre la route en quelques jours plutôt que de risquer que les montures se brisent les pattes dans des tourbières aux alentours de ces bois, acquiesça Shiryû.
- Je suis d’accord, renchérit Kojiro. Si cette zone ne comporte aucun risque, autant couper au plus court pour rejoindre la route, les montures se fatigueront moins, car le sol sera moins spongieux, et nous courrons moins de risque de nous faire attaquer par des bêtes sauvages qui auraient pu prendre ces bois comme refuges. De plus si jamais des bandits nous attaquent, il sera plus aisé de les repérer dans les plaines que dans ces bois.
- Alors si tout le monde est d’accord, remettons-nous en route.
» conclut Keitaro en repliant les cartes.

Le convoi se remit rapidement en route et durant deux jours tout alla pour le mieux. Mais la chance ne leur sourit pas longtemps, car bientôt ce que tous redoutaient se produisit. Une énorme tempête s’abattit sur la zone. Les samurais durent rapidement s’organiser et placèrent les trois chariots en triangle avec les bêtes et les humains au centre, dressant les tentes et les couvertures comme des barrages entre chaque interstice.
L’attente d’une éventuelle accalmie dans un espace aussi exigüe et inconfortable mettait les nerfs de chacun à rude épreuve, surtout lorsque Mikuhime en rajoutait sur la prétendue incompétence de son entourage, mais personne ne daigna s’opposer à ses diatribes acerbes et c’est ainsi que le groupe passa une très mauvaise nuit.


* * *


Ce ne fut qu’en fin d’après-midi que la tempête sembla se calmer et la caravane put se remettre en route. Hélas, le cuisinier constata que les provisions avaient été gâtées par l’humidité, aussi le groupe décida de presser le pas afin de rejoindre le plus proche relais au plus vite.
La météo rendait l’environnement méconnaissable, et même les individus qui avaient un sens de l’orientation très développé ne savaient pas s’ils suivaient la bonne direction. Au bout de deux bonnes heures, Kojiro, qui se trouvait en avant-garde, aperçu une volute de fumée à l’horizon : il s’agissait vraisemblablement d’un village isolé.
« Je ne comprends pas, commenta Keitaro, incrédule, je ne connais pas ce village, il n’est pas sur mes cartes.
- Peut-être que vos carte ne sont pas très à jour
, Keitaro-san, répondit Shiryû en descendant de son chariot en compagnie d’Akira.
Cette remarque déplut à Keitaro, car cela soulevait un manque de discipline de la part de ses subordonnés du clan du Lion qui lui avaient fourni ces cartes.
- Soit... nous risquons de manquer de vivres pour le reste du voyage, je vous propose de nous réapprovisionner dans ce village et d’y passer la nuit.
- Si je puis me permettre, Keitaro-san
, dit Kojiro, il serait préférable que l’un d’entre nous parte en éclaireur pour jauger la situation dans ce village. Nous ne savons pas si Mikuhime-dono serait en sécurité en le traversant. Il faudrait observer l’attitude des villageois et vérifier qu’il n’y a pas de menace.
- C’est une remarque pertinente, Kojiro-san. Shiryû-san, Akira-san, veuillez l’accompagner. Allez parler au chef de ce village et expliquez-lui que nous souhaiterions faire une halte chez eux et nous réapprovisionner. Évitez toute provocation inutile et restez en alerte, vérifiez bien qu’aucun bandit ne se tient en embuscade. Je reste ici pour protéger Mikuhime-sama durant votre absence.
- Haï, Keitaro-san.
» répondirent de concert Kojiro et Shiryû. Akira se contenta de hocher la tête.

Le trio arriva bien vite aux abords du village. Quelques paysans s’affairaient dans les rues et tout semblait parfaitement calme. Le village n’avait pas l’air très riche et n’était pas très grand, mais il était bien entretenu, malgré la neige, et on pouvait apercevoir au loin une grande bâtisse dont la taille dépassait le reste des habitations, vraisemblablement un temple d’après sa forme. Les habitant remarquèrent bien vite l’arrivée des samuraïs et leur jetèrent un regard intrigué, avant de se mettre à genoux, face contre terre à leur passage. Un jeune garçon partit bien vite en courant, pour revenir accompagné d’un vieillard, escorté de quatre solides gaillards. Le vieil homme et ses acolytes se mirent eux aussi à genoux, face contre terre et les mains posées au sol, en signe de soumission traditionnelle des heimins devant leurs seigneurs.
« Je vous salue samuraïs-sama, et je vous souhaite bienvenue dans notre modeste village au nom de tous les habitants de Odayakana Kyûsoku no Mura (le Village du Paisible Repos). Il y a bien longtemps que nous n’avons pas reçu la visite d’hôtes aussi prestigieux. Y a-t-il quoi que ce soit que nous aurions l’honneur de faire pour votre service ?
- Nous vous saluons
, répondit Kojiro en inclinant légèrement la tête. Nous sommes à la tête d’un petit convoi et nous traversons la région. Nous souhaiterions simplement faire une halte dans votre village afin de nous laver, de nous reposer et de refaire notre stock de provisions afin de poursuivre promptement notre voyage.
- Bien sûr, Daidoji-sama. Nous avons justement une auberge dans ce village, je vais faire prévenir le tenancier afin qu’il prépare des chambres et face chauffer de l’eau pour vos bains. Si vos montures ont également besoin de repos, notre temple dispose d’écuries. Pour ce qui est de vos provisions, les récoltes ont été bonnes cette année, vous pourrez aisément trouver ce qu’il vous faut dans nos boutiques.
- Bien, nous allons de ce pas prévenir le reste de notre groupe.
»

Fort de ces bonnes nouvelles, le convoi entra dans le village et comme il avait été prévu, le groupe s’installa dans ses chambrées qui avaient été apprêtées pour eux tandis que les montures et les chariots furent confiés aux bons soins des moines qui officiaient dans le temple au centre du village. Shiryû profita de l’occasion pour prier ses ancêtres tandis que les autres visitaient le village et que le cuisinier sélectionnait les nouvelles provisions pour le voyage. Le samuraï du Dragon fut étonné par ce qu’il découvrit dans le temple et ne put s’empêcher de questionner les moines. En effet, en plus des statues représentant les Fortunes Majeures connues dans tout Rokugan qui étaient alignées le long des murs, une autre statue représentant une divinité qu’il ne connaissait pas trônait au centre de la salle de méditation. Les moines lui répondirent poliment qu’elle représentait Naokan, la Fortune qui protégeait le village. Shiryû resta contemplatif, car il est vrai que même les esprits des rivières ou de simples rochers pouvaient être vénérés, mais de là à lui donner une forme humaine...
Pendant ce temps, Kojiro faisait un tour du village et fut surpris de constater que malgré son isolement les étals des différentes boutiques étaient très bien fournies et les prix défiaient toute concurrence, aussi en profita-t-il pour acheter des parchemins et des fusains afin de commencer l’écriture de son futur rapport de mission. Akira et Keitaro se contentèrent de rester dans l’auberge, près de la chambre de Mikuhime.
Le soir venu, tout le monde passa à table et parti ensuite se coucher. Pour plus de sécurité, les bushi décidèrent de monter des tours de garde, mais rien de particulier ne se produisit, si ce n’est qu’au dehors, une nouvelle tempête de neige faisait rage sur le village. Ce n’est que le lendemain que les ennuis commencèrent...


* * *


Au petit matin, alors que les samurais prirent leur petit déjeuner, l’aubergiste leur annonça l’air gêné que la tempête qui a eut lieu durant la nuit avait bloqué les axes principaux du village et que leur convoi ne pourrait sûrement pas repartir aujourd’hui. Kojiro, Shiryû et Akira décidèrent alors de partir aider les paysans à déblayer les sorties pendant que Keitaro allait réveiller les heimins du convoi pour qu’ils aillent aider aussi tandis qu’il resterait auprès de Mikuhime pour sa protection.
Les samurais étonnèrent grandement les villageois de par leur présence pour une tâche aussi indigne de leur statut, aussi ces derniers travaillèrent à des positions relativement éloignés d’eux pour continuer à déneiger la route. Lorsque les cochers et le palefrenier arrivèrent pour les assister, ils leur apprirent que Keitaro les réclamait auprès de lui. En effet, l’heure était grave : le cuisinier avait semble-t-il disparu sans laisser de trace. Immédiatement après avoir appris la nouvelle, Kojiro inspecta la chambre des heimins où ils avaient passé la nuit. Rien de notable n’était à déplorer, si ce n’est que la fenêtre était ouverte. Mais une rapide inspection lui démontra que partir par là aurait été hautement improbable : non seulement la chambre était située à l’étage, mais en plus il n’y avait aucune trace ni sur les rebords, ni dans la neige en contrebas et malgré le froid provoqué par la fenêtre ouverte, aucun des serviteurs n’avait remarqué le moindre mouvement qu’aurait pu provoquer le cuisinier. De plus, les samurais n’avaient repéré aucun bruit ou mouvement suspect durant leur tour de garde. Une rapide interrogation des villageois et des moines ne donna rien : le cuisinier s’était visiblement enfui dans la nuit sans laisser de trace. Après une journée de recherche, le groupe dut se résoudre à passer une nouvelle nuit à l’auberge à cause de la route impraticable et d’une nouvelle tempête en approche.

Les événements de la journée passée poussèrent les samurais à redoubler de vigilance pour leur garde de nuit... et leur méfiance s’avéra payante. Au milieu de la nuit, Akira entendit une sorte de murmure étouffé en provenance de la chambre des serviteurs heimins. Malgré un coup d’œil discret dans leur chambre, aucun mouvement n’était discernable, chacun était bien à sa place et dormait à poings fermés. Mais un détail clochait : la fenêtre était ouverte. De plus Akira sentait qu’autre chose n’allait pas, quelque chose d’imperceptible, même à ses sens bien entraînés. Le Scorpion décida d’aller réveiller les autres pour les alerter. Il espérait que la réputation de mystiques du Clan du Dragon seyait également à Shiryû, ou que les aptitudes de Yojimbo de Kojiro lui permettraient de remarquer des anomalies. Shiryû fut intrigué par les propos de Akira et, constatant qu’effectivement la fenêtre était ouverte, il décida de faire quelques pas dans la chambre. Immédiatement, la tête lui tourna et il s’affala au sol où il sombra rapidement dans un profond sommeil. Il n’en fallut pas plus aux samurais pour se mettre en situation d’alerte. Keitaro fonça vers la chambre de Mikuhime afin de garantir sa sécurité pendant que Kojiro et Akira devaient tirer les choses au clair dans la chambre. Lorsque les deux samurais entrèrent dans la pièce, le vacarme réveilla les occupants qui les regardèrent d’un œil hagard. Shiryû aussi sortit de sa torpeur, surpris d’avoir perdu connaissance dans une telle situation. Dehors, la tempête continuait à faire rage, Kojiro décida donc de fermer la fenêtre et de réveiller tous les serviteurs pour une interrogation plus poussée dans deux chambres séparées.

Quelque chose ne tournait pas rond, c’était évident... bien décidés à tirer les choses au clair, les samurais décidèrent d’un commun accord de réunir tous les serviteurs heimins dans une autre chambre, puis de les interroger un par un dans une pièce voisine. Si jamais un espion ou un assassin se cachait parmi eux, ils finiraient bien par le démasquer. Ainsi, pendant que Shiryû surveillait les suspects, Akira menait les interrogatoires sous l’œil vigilant de Kojiro. Les questions étaient basiques et se voulaient directes, pour ne pas laisser le temps aux personnes interrogées de réfléchir à un sauf-conduit bien préparé.
Au bout d’une demi-heure d’interrogatoires, Akira exposa ses conclusions à ses camarades : deux des heimins, à savoir l’une des dames de compagnie et un cocher, tenaient des discours incohérents. Non seulement ils avaient des avis divergents sur des collègues qui devraient être des connaissances de longue date, mais en plus ils ne connaissaient pas même le nom de leur propre seigneur ! L’heure était venue de les confronter. Akira décida de s’occuper de la plus suspecte avec l’aide de Kojiro.

Enfermés dans la pièce d’interrogatoire, Akira posa tout de go la question à l’heimin : « Qui êtes-vous réellement ? »
Ne sachant trop comment réagir, la servante se montra évasive, et ses réponses ne satisfaisaient absolument pas le Scorpion, au point que celui-ci finit par tirer son katana de son fourreau, l’air menaçant. Face à ce danger maintenant immédiat, la dame de compagnie tendit une main en direction du Scorpion et prononça des paroles incompréhensibles...
Pendant ce temps, Shiryû se tenait face au cocher, qui avait été séparé du reste du groupe rassemblé dans un coin de la chambre. Ce dernier n’appréciait pas vraiment d’être suspecté et tentait de se justifier face au Dragon. Mais alors que le doute commençait à s’insinuer dans son esprit, une forte déflagration retentit dans l’autre pièce. L’attitude du cocher changea du tout au tout : en une fraction de seconde il sortit un petit couteau de sa poche et s’entailla la paume de la main en prononçant une formule magique aux intonations graves et menaçantes. Aussitôt Shiryû sentit une sorte de griffure lui lacérer l’épaule, là où l’heimin venait de la pointer du doigt, et son kimono commença à se teinter de rouge à cet endroit. Il ne lui en fallu pas plus, et en un éclair, il dégaina son katana et son wakizashi. D’un mouvement vif, il trancha le bras du cocher qui tenait le couteau. Ce dernier tomba à genoux en hurlant, tout en tenant son bras sectionné, ce qui laissa le temps à Shiryû de lui décocher un coup de crosse sur la tempe pour l’assommer. Son cœur se resserra lorsqu’il vit le corps de l’homme agité de soubresauts avant que sa tête ne s’en détache, comme si son coup venait de la lui arracher. Mais l’heure n’était pas aux regrets, les autres avaient peut-être besoin d’aide !

Kojiro fut tout aussi surprit qu’Akira lorsqu’il vit ce dernier traverser le mur du fond de la pièce, victime d’une énorme bourrasque créée par la dame de compagnie. Celle-ci avait usé de magie, elle ne devait donc pas être un adversaire facile. Avant même de lui laisser la possibilité d’agir de nouveau, Kojiro empoigna son Yari et se rua sur son adversaire afin de lui planter sa lame dans le cœur. L’heimin s’arrêta net et abaissa des yeux incrédules sur sa poitrine empalée par la lance du Grue. Kojiro pensa en avoir terminé lorsqu’il la vit prise de convulsions. Il pensa alors que cette agitation était provoquée par les nerfs encore tendus de sa victime. Alors qu’il se retourna pour porter assistance à Akira, il s’aperçu que le Scorpion, qui s’était relevé au milieu des décombres, se stoppa net en le fixant.
« Non, ce n’est pas moi qu’il fixe... c’est... derrière ! » Kojiro n’eut pas le temps de se retourner. Une matière longue et visqueuse s’enroula prestement autour de son cou et serra avec une force surhumaine. Le jeune Grue eut à peine le temps de placer son Naginata entre son corps et ce membre répugnant pour en atténuer la prise. C’était aussi écœurant qu’effrayant : la créature qui tentait ainsi de l’étrangler utiliser des boyaux et autres viscères pour s’accrocher à lui était constituée d’une tête humaine, celle de la servante, qui était rattachée à une pléthore d’organes, cœur, poumons, foies, et autres, qui flottaient dans le vide et s’agitaient au rythme des pulsations cardiaques, mus comme s’il s’agissait de membres aussi faciles à utiliser que des bras et des jambes. Au prix de grands efforts, Kojiro parvint à tourner la tête et réalisa avec horreur que la créature était également dotée d’une dentition de carnassier et s’apprêtait à le mordre ! Kojiro raffermi sa prise sur sa lance afin d’éprouver son courage, car n’importe quel être humain aurait hurlé de terreur face à une telle abomination ! Ce fut le moment que choisit Akira pour fondre sur le monstre et le frapper de son sabre, espérant lui faire lâcher prise. Bien que son coup fût précis et puissant, la lame percuta les entrailles sans les entailler. Le monstre ricanait de plaisir devant le désespoir qu’elle suscitait face à ces deux samurais impuissants. Mais Kojiro saisit aussitôt l’occasion de se libérer, et d’une forte pression de son naginata, il écarta les intestin et finit par se libérer.


La créature hurla de frustration et fonça sur les deux bushi qui l’évitèrent sans peine, la laissant s’écraser contre le mur derrière eux. Akira pris une grande inspiration et porta la main au côté de son masque, puis souffla avec force dans sa direction : un long jet de flammes embrasa l’air et recouvrit le monstre qui, affolé, se tordit dans tout les sens tant la douleur provoquée par le feu semblait la faire souffrir. Hélas pour les deux samurais, cela ne suffisait pas. Kojiro tenta une nouvelle attaque de son naginata au niveau de la tête, mais malgré un coup qui aurait pu fendre le crâne d’un homme en deux, la créature ne sembla pas le moins du monde affectée par cette nouvelle attaque. Kojiro et Akira sentirent la panique les gagner... comment vaincre un tel monstre si leurs armes ne lui faisaient aucun effet ? Dévoilant ses crocs, l’abomination s’approcha lentement lorsque ses yeux s’écarquillèrent alors qu’elle crachait du sang. Ou plutôt, ce n’était pas du sang qu’elle crachait, car une lame de katana sortait de sa bouche. Shiryû se tenait derrière elle et l’avait transpercée de son sabre.
Cependant, l’heure n’était pas aux réjouissances. Kojiro lui hurla de s’écarter, et cet avertissement combiné à ses réflexes de guerriers entraînés durant de nombreuses années lui sauvèrent la vie lorsqu’il effectua une esquive d’une roulade. En effet, le cocher – ou plutôt sa tête suivit de ses organes – tenta de l’étrangler de la même manière que l’autre créature avait attaqué Kojiro auparavant. Akira saisit une torche et se rua sur la créature pour tenter de lui porter une attaque, mais peu habitué à ce genre d’armes improvisées, il la manqua de peu. Kojiro attaqua immédiatement à sa suite à l’aide du manche de son naginata et visa entre les deux yeux du monstre. Son coup fit mouche, et la violence du choc, bien que n’ayant laissé aucune trace apparente de blessure, sembla faire effet : la monstruosité s’étala au sol, complètement sonnée. Shiryû fonça alors vers elle et lui planta son sabre dans la tempe, mettant fin à son existence répugnante.

« Mais qu’est-ce que c’était que ces choses ?! demanda le Dragon en bandant la blessure que lui avait infligé le cocher par une obscure magie.
- J’en ai déjà entendu parler, répondit Kojiro. Mon grand-père en a affronté durant la bataille du Second Jour des Tonnerres. Ce sont des créatures de l’Outremonde appelées Pennagolans. Si je me rappelle bien la description qui en a été faite, ce sont des êtres malfaisants qui prennent le contrôle de corps décapités pour se déguiser en humains. Ils se nourrissent de sang, ils maîtrisent la Maho et semblent invulnérables à toute attaque d’armes normales. Mais je ne pensais pas que l’on pourrait en rencontrer en Rokugan. Que se passe-t-il donc ici ?
- Je ne sais pas, mais en attendant nous avons pu constater trois choses
, ajouta Akira, d’un air calme en observant la dépouille des monstres de plus près. Premièrement, ces Pennagolans sont effectivement insensibles aux armes conventionnelles. Shiryû, je présume que ton katana n’est pas ordinaire ?
- Je n’en sais rien
, répondit Shiryû. Il m’a été offert par un vieil homme que j’avais repêché dans un fossé durant mon trajet vers Suma, peu avant le Tournoi de Topaze. Mais maintenant que tu le dis, lorsque Togashi Satsu sama l’a vu, il m’a demandé de lui montrer et il m’a dit que cette arme était un véritable chef-d’œuvre, d’un air évasif. Pourtant, bien qu’elle soit d’excellente qualité, je n’ai jamais vu la moindre magie à l’œuvre en l’utilisant.
- Je vois... cela doit probablement venir du métal qui a servi à sa conception
, analysa le Scorpion. Quoi qu’il en soit tu es le seul parmi nous à disposer d’une arme efficace contre ces créatures. Deuxièmement, ces êtres restent sensibles aux éléments dangereux. Lorsque l’autre a été brûlée, elle a visiblement été gravement affectée comme l’aurait été n’importe qui, on peut donc estimer que le feu est l’une de leurs faiblesses.
- Mmh... c’est donc pour cela que tu as tenté d’attaquer l’autre avec une torche
, conclut Kojiro. Et troisièmement ?
- Troisièmement, même si les armes conventionnelles ne peuvent pas les blesser, elles restent tout à fait sensibles aux chocs. Lorsque tu as frappé la seconde créature avec le manche de ton Naginata, tu ne l’as pas blessée. Pourtant la violence du choc porté à la tête l’a assommée. J’en conclus que même si nous ne pouvons pas les blesser, nous pouvons au moins les neutraliser.
- Cela ne nous avance pas à grand-chose de toute manière
, le coupa Kojiro. Il est hors de question de laisser des créatures de l’Outremonde vivre en plein milieu de l’Empire en toute impunité.
- Peut-être
, répondit froidement Akira, mais pour le moment nous ne devons nous soucier que d’une chose : mettre Dame Mikuhime en sécurité. Et je ne pense pas que ce village soit très approprié en fin de compte.
- Tout à fait
, l’approuva Keitaro qui les écoutait depuis le pas de porte de la chambre de Mikuhime. Nous ne pouvons pas rester ici après ce qu’il vient de se passer. Nous quittons ce village sur le champs. Je préfère affronter une tempête que de risquer de voir Mikuhime-sama tomber aux mains de ces choses. »


* * *


Keitaro aboya des ordres aux heimins complètement bouleversés afin qu’ils se rassemblent et suivent les samurais pour un départ immédiat. Shiryû prit la tête, katana dégainé, suivit de près par Akira et Kojiro, puis le groupe de Heimins, et enfin Dame Mikuhime suivie de Keitaro qui la protégeait et fermait la marche. Le groupe descendit lentement les escaliers. L’auberge était plongée dans l’obscurité, ce qui était normal au vu de l’heure, mais alors pourquoi l’aubergiste ou sa famille n’avaient pas été alertés par le bruit de la lutte ? De plus l’atmosphère avait quelque chose de malsain.
« Qu ...? Je... » Shiryû s’effondra alors qu’il avait atteint la dernière marche, terrassé par le même sommeil qui l’avait pris lors de son entrée dans la chambre des heimins. Akira s’empara aussitôt de son sabre et scruta l’obscurité en direction de la sortie. Il pouvait voir une paire d’yeux à l’éclat verdâtre qui le fixaient. Alors que ses yeux s’habituaient légèrement à l’obscurité grâce à la luminosité diffusée par la torche tenue par Kojiro derrière lui, il constata que trois personnes se tenaient devant la porte de l’auberge et les attendaient. Il s’agissait de l’aubergiste, sa femme et sa fille, qui tenaient chacun un couteau dans les mains. Akira ne voulut pas prendre de risque : il plongea la main dans sa poche et en sortit trois shurikens qu’il lança dans leur direction. Cette attaque les prit au dépourvu, aussi put-il les atteindre facilement. Le trio s’écria de stupeur et de douleur. La fille de l’aubergiste s’étala aussitôt, le shuriken s’étant fiché dans son œil et l’ayant atteinte au cerveau. Avec cet effet de surprise, Akira fondit droit sur l’aubergiste et lui décocha un formidable coup de sabre qui coupa sa tête en deux d’une oreille à l’autre. Cependant la femme eut le temps d’enduire sa main de son propre sang et frottant sa blessure et elle tendit un doigt en direction de Akira tout en prononçant de sombre mot emplis de magie noire. Akira sentit un déchirement au niveau de sa poitrine, et ses vêtements commencèrent à s’humidifier. « Je saigne... ils peuvent nous blesser à distance et au travers de nos armures avec leurs sorts ! » songea le Scorpion sans céder à la panique. Fort heureusement, Kojiro avait pris les devants : après avoir confié sa torche à l’un des heimins dans l’escalier, il avait empoigné son naginata et en trois enjambées il était sur la maho-tsukai. D’un geste ample il lui trancha l’abdomen, laissant se déverser ses entrailles au sol. Visiblement elle n’était pas un Pennagolan, se rassura-t-il, à l’inverse de l’aubergiste dont les restes inférieurs de la tête se détachèrent du corps maintenant que la créature était morte.
Kojiro réveilla Shiryû avec quelques gifles pendant que Akira bandait sa blessure. Le charme qui planait dans la pièce et assoupissait ses occupant s’était dissipé avec la mort du lanceur de sort.
« Je me suis permis de te l’emprunter pendant que tu faisais ta petite sieste... ironisa Akira en rendant son sabre à Shiryû.
- Merci, se contenta de répondre brusquement le Dragon, gêné d’avoir été touché par le même sort deux fois d’affilée dans la même heure. Décidément la Magie est vraiment très dangereuse.
- Allons-y, ne traînons pas
, objecta Kojiro pour couper court à la discussion qui n’avait pas sa place ici. Les chariots et les chevaux se trouvent à l’écurie du temple, nous devons nous y rendre immédiatement. »

Une fois dehors, les samurais se rendirent compte que la tempête avait cessé. Bien au contraire, aussi surprenant que c’en avait l’air, la nuit s’était réchauffé et avait laissé place à une épaisse brume qui recouvrait le village. Alors que le groupe pénétrait la place centrale, une demi-douzaine de silhouettes se dessinait, en provenance de toutes les directions. Immédiatement le groupe se plaça en cercle : Mikuhime au centre, entourée des serviteurs heimins, puis les quatre samurais protégeant chacun un point cardinal. Lorsque les personnes qui approchaient se firent plus distinctes, les samurais reconnurent le chef du village et plusieurs commerçants.
« Il est bien tard pour sortir ainsi, samurais-sama. Quelle est donc la raison d’un départ aussi précipité ? les aborda-t-il en continuant d’approcher doucement.
- Nous n’avons pas à vous répondre, leur répondit Kojiro sur un ton dur. N’avancez plus et rentrez chez vous, ou nous nous verrons obligés d’employer la force !
- Vraiment ?
lui répondit le paysan d’un air amusé. Je ne pense pas que vous soyez en position d’exiger quoi que ce soit. Saisissez-les ! »
Les samurais se mirent aussitôt en position de combat tandis que leurs adversaires sortirent soit des couteaux, soit des crocs. Ils dénombraient deux Pennagolans, le reste – dont le chef du village – semblait être des humains pratiquant la Maho. Les esquives, les coups de sabres et les sorts s’enchaînèrent rapidement. Les Bushis laissaient le soin à Shiryû de s’attaquer aux Pennagolans avec son katana forgé en Tengoku (le Paradis Céleste) pendant qu’eux même faisaient face aux Maho Tsukai. Durant le combat, Keitaro reçu un puissant coup de bâton dans le dos alors que l’un des agresseurs avait tenté une percée en direction de Mikuhime. Kojiro avait défait le chef du village d’entrée de jeu en lui lacérant les yeux de son Naginata et en lui tranchant les mains, et Akira avait utilisé le mécanisme de son masque pour empoisonner ses opposants en leur soufflant un nuage toxique au visage.

Victorieux, quoique blessés, les samurais remirent le groupe en formation et se dirigèrent en silence vers le temple. Visiblement le reste des villageois se terrait dans les maisons, ce qui les rassurait, car ils auraient inévitablement succombé sous le nombre si ce village était rempli de ces monstres effrayants.
Devant l’écurie du temple, les Bushis se rendirent compte de deux choses : premièrement la porte était cadenassée et les moines avaient vraisemblablement les clés ; deuxièmement la brume étrange qui recouvrait le village s’arrêtait au niveau même de l’enceinte du temple, comme si elle n’était pas naturelle et que le lieu en bloquait la progression.




« Je n’ai aucune idée de ce à quoi nous avons à faire, et nous n’avons pas le temps de chercher à en savoir plus, dit Keitaro. Vous autres, vous allez chercher les clés, peu importe comment, vous devez les trouver. Je reste ici pour protéger Mikuhime-sama et les serviteurs.
Les trois bushi se dirigèrent vers l’entrée en réfléchissant à la situation.
- J’ai confiance en ces moines, annonça Shiryû. J’ai discuté avec eux et ils n’ont pas l’air corrompus. De plus avez-vous vu comme cette brume étrange est repoussée ? C’est comme si la magie noire ne pouvait atteindre ce lieu sanctifié.
- Je ne sais pas
, répondit Kojiro alors qu’Akira restait imperturbable, vu ce qui se trame, je ne serais pas surpris qu’ils aient également été infiltrés par les Pennagolans. Pourquoi ces monstres les auraient-ils épargnés ?
- Serais-tu donc près à attaquer des moines innocents et vénérables si ce n’est pas le cas ? Il vaut mieux les approcher en douceur, on n’agira en conséquence que s’ils se montrent hostiles.
- Très bien, nous te laissons faire. Mais au moindre signe de danger, il ne faudra pas faire de quartier...

Shiryû se plaça devant la porte du temple, Akira derrière lui, tandis que Kojiro se positionnait à côté de la porte, le sabre au clair et prêt à frapper. Le Dragon saisit le heurtoir en fonte et frappa trois coups à la porte. Quelques secondes plus tard, un moine vint leur ouvrir. Il avait l’air détendu, bien que fort surpris d’accueillir des visiteurs aussi tard dans la nuit.
- Mes hommages samurai-sama, les saluât-il poliment. Que pouvons-nous faire pour vous ?
- Bonsoir, honorable moine. Nous sommes désolés de vous déranger à une heure aussi tardive, mais la situation est grave. Le village est infesté de créatures de l’Outremonde et nous avons besoin d’accéder aux chariots et à l’attelage.
- Oh... alors vous aussi vous vous êtes rendu compte que quelque chose n’allait pas ? Nous avons commencé à nous douter de quelque chose il y a trois nuits, alors que nous avons fait une étrange découverte. Mais nous manquons aux règles les plus élémentaires de l’hospitalité. Prenez donc la peine d’entrer, s’il vous-plaît
, les invita-t-il, l’air solennel. Kojiro, qui n’avait pas encore été aperçu, rengaina discrètement son katana. Le moine poursuivi ses explications alors que les samurais entraient dans le temple. Suivez-moi, je vais vous conduire au Moine Supérieur, la clé des écuries se trouve dans ses quartiers. Alors que nous étions en train de rénover le plancher de notre salle de réserves il y a de cela trois jours, nous avons fait une découverte inquiétante. Depuis nous soupçonnons que quelque chose de grave se trame au sein du village. Nous ne vous avons pas parlé avant car nous ne voulions pas vous inquiéter inutilement tant que nos soupçons n’étaient pas fondés. Or d’après ce que vous me dites, ce que nous redoutions est arrivé.
- Et qu’avez-vous découvert, au juste ?
demanda Shiryû.
- Il s’agit de quelque chose de trop étrange pour être simplement décrit avec des mots. Le mieux reste de vous le montrer directement... »

Les samurais emboitèrent le pas au moine en direction des quartiers qui leur étaient réservés. Ils passèrent devant les chambrées et se dirigèrent vers la réserve. Là, derrière un tonneau se trouvait une zone où le plancher vermoulu laissait un accès béant à un trou de bonne taille, qui menait à un tunnel faiblement éclairé. Ils y suivirent le moine et longèrent un tunnel dans lequel la petite communauté avait installé des torches. Ils finirent par déboucher sur une vaste caverne circulaire d’où émanait une puanteur insoutenable. En effet, des dizaines de cadavres à différents stades de décomposition étaient entassés dans un coin de la caverne, humains et animaux mélangés. Au centre de cet endroit de cauchemars se trouvait un trou béant et obscur où la lumière ne semblait pas pouvoir percer.
« Par les Fortunes, mais quel est donc cet endroit ? demanda Kojiro qui ne put réprimer un frisson tant ces lieux étaient abominables. Et qui y a-t-il au fond de ce trou ?
- Nous n’en avons aucune idée, Daidoji-sama, nous n’avons pas cherché à l’explorer. Nos torches ne parviennent pas à en éclairer le fond.
- Avez-vous au moins cherché à le sonder ?
» demanda-t-il en s’approchant du bord, une torche à la main. Il la relâcha au dessus du vide et ne compta pas longtemps avant d’entendre un son indiquant qu’elle avait touché le sol. Il estimait la hauteur à une demi-douzaine de mètres environ. Cependant, les moines disaient vrai pour une chose : la torche avait été comme avalée par l’obscurité, comme si les ténèbres qui constituaient ce trou étaient une surface telle une étendue d’eau.

C’est à ce moment qu’il sentit avec horreur des mains dans son dos qui le poussèrent dan le vide ! L’un des moines l’avait délibérément jeté dans cet abîme où l’attendaient il ne savait quelles monstruosités. La chute fut courte, et heureusement pour lui son armure amortit une bonne partie du choc. A sa grande surprise, il y voyait clair, et en regardant au dessus de lui il comprit que l’obscurité n’était qu’une illusion, car il pouvait voir le plafond de la caverne au-delà de l’entrée trouble du trou, comme s’il se trouvait sous une eau intangible. Par ailleurs une corde était pendue pour pouvoir escalader la paroi rocheuse, arrimée juste en dessous des ténèbres illusoires.
Mais pour l’instant ce n’était pas la surface ou l’intégrité de ses compagnons qui l’inquiétait le plus. En effet, il n’était pas seul au fond de ce trou. Là, à quelque mètre de lui, dans une petite cavité entièrement remplie de signes cabalistiques écrits dans le sang et luisants d’une lueur démoniaque, se dressait un être répugnant, suintant de malveillance et dont l’aura de terreur qu’il dégageait lui glaçait le sang. Il se trouvait dans l’antre de Naokan, un Pennagolan plus grand et plus terrifiant que ses congénères. Haut de plusieurs mètres, la créature disposait d’organes plus longs et plus nombreux que les autres, et son visage inhumain arborait une mine cruelle et effrayante.
Sa voix puissante et gutturale résonna à travers les parois de la caverne lorsqu’il aperçu l’offrande qui lui avait été livrée et qui se redressait d’un bon agile. À peine eut-il terminé sa phrase que les textes ésotériques se teintèrent d’une lueur rougeâtre. Kojiro porta les mains à sa gorge : en effet, il avait l’impression de suffoquer. Par un sombre maléfice, il était désormais incapable de respirer ! Et pour comble de l’horreur, la créature commençait à se mouvoir dans sa direction, agitant ses affreuses entrailles dont les veines palpitaient de façon malsaine. Au bord de la panique, Kojiro regarda tout autour de lui. En désespoir de cause, il s’agrippa lestement à la corde au dessus de lui et entama une remontée fulgurante tandis que le monstre était sur ses talons. À peine sortit-il la tête du trou et émergea-t-il de l’obscurité mystique qu’il aspira l’air à pleins poumons, espérant que le maléfice qui le rongeait n’était limité qu’à la caverne. Fort heureusement pour lui, ce fut le cas, ainsi put-il se hisser rapidement à la surface. Il constata se faisant qu’une lutte sans merci s’était engagée entre ses deux compagnons et les faux moines qui, bien qu’étant très certainement des Pennagolans eux aussi, maîtrisaient parfaitement les arts martiaux souvent pratiqués au sein de la Confrérie de Shinsei.
Visiblement, Shiryû en avait déjà terrassé un en tranchant sa tête en deux et continuait à se battre contre un autre adversaire qui le harcelait de coups de pieds, tandis que Akira avait déjà occis deux des moines et était maintenant aux prises avec leurs formes monstrueuses, faute de pouvoir les abattre définitivement avec ses armes classiques. Un dernier moine qui devait avoir été projeté loin de la mêlée faisait face à Kojiro alors qu’il se relevait. Il esquiva immédiatement son attaque et contre attaqua. Akira, et Kojiro plus que lui encore, étaient désespérés dans cette bataille trop inégale. En effet, ces créatures semblaient ne jamais pouvoir mourir, comment un samuraï pouvait-il avoir la moindre chance de vaincre une telle abomination ? Mais le combat féroce se poursuivit durant un bref instant pendant lequel les courageux samurais, surmontant leurs craintes, défirent les monstres qui menaçaient par leur présence la sécurité de la région, Akira et Kojiro les assomant ou les tenant en respect à l’aide de torches décrochées aux murs pendant que Shiryû les pourfendait avec son Katana.

« Restez sur vos gardes, leur maître arrive ! hurla Kojiro à l’attention de ses camarades alors que Naokan émergeait des ténèbres en émettant un grognement des plus lugubres, il est terriblement dangereux ! » Les Bushis étaient figés d’horreur alors que l’immense Pennagolan se présentait face à eux à la lumière des torches. Il semblait encore plus menaçant, une fois sorti de sa tanière, déployant ses multiples appendices dans une envergure qui ne laissait aucune chance de lui échapper. Voyant que les siens avaient finalement succombé, il hurla de rage. Le son impie provoqua une distorsion dans l’air qui projeta les samuraïs à terre. Reconnaissant en Shiryû l’adversaire le plus dangereux, il lança un de ses membres sur lui dans le but de l’étrangler, mais Kojiro fut plus rapide : se remettant debout très rapidement, il s’interposa pour protéger son camarade et reçu le coup à sa place. Shiryû profita de ce répit et fonça vers la bête en hurla, Katana et Wakizashi au clair. Il bondit dans les airs et frappa de toutes ses forces, le sang impur de la créature gicla sous l’impact. Hélas, le coup n’était pas assez puissant pour terrasser le monstre. Naokan le saisit et serra si fort que Shiryû craint un instant que son armure cèderait et s’enfoncerait dans sa chair. Puis le monstre le projeta violemment dans le trou pour reporter son attention sur les deux autres samurais. Akira se trouvait très près de la sortie, à bonne distance, tandis que Kojiro se trouvait bien plus près. L’ignoble créature étendit ses membres en direction du samurai de la Grue qui, bien que blessé, para une à une les attaques.
Akira observait la scène, attendant le bon moment pour intervenir. C’est alors que parmi l’amas de boyaux, il vit un petit objet qui scintillait : la clé de l’écurie ! La mission du Scorpion était claire : il devait veiller à ce que Mikuhime arrive saine et sauve au Palais d’Hivers, peu importe comment. Ses compagnons n’étaient qu’un détail, il n’avait pas à veiller sur eux. Il sortit son kyoketsu-shogi (une corde de soie munie d’un grappin d’un côté et lestée d’une boule de métal de l’autre) et commença à le faire tournoyer tout en se concentrant sur la cible visée. Il élança son arme au moment même où Kojiro tomba sous les coups de Naokan. Le grappin s’accrocha à la clé, il ne lui restait plus qu’à tirer de toutes ses forces pour la dérober à l’infâme créature. Mais contre toute attente, le monstre écarquilla les yeux et poussa un hurlement effroyable : en effet, un katana venait de surgir sous lui et se ficha profondément dans son cœur. Encore allongé au sol au fond du trou suite à ses blessures dues à la chute, Shiryû avait tenté le tout pour le tout et avait projeté son sabre avec toutes les forces qu’il lui restait. Il avait fait mouche et avait ainsi achevé le Pennagolan déjà gravement blessé. « Bien joué... par contre ça ne va pas m’aider » pesta intérieurement le Scorpion.
Aussitôt le monstre sans vie cessa de léviter et toute sa masse retomba d’où elle était venue. Shiryû observa avec désarroi la carcasse répugnante foncer droit sur lui alors qu’il ne pouvait plus bouger. Ce ne fut qu’à quelques centimètres de lui que le cadavre souillé s’arrêta, suspendu à la corde tenu à bout de bras par Akira qui luttait pour ne pas suivre cette horreur dans sa chute. « Attrape la corde et détache le grappin Shiryû, je vais te remonter ! » entendit-il avec soulagement. Péniblement, le samurai du Dragon se remit sur pied, il saisit la corde et après avoir récupéré son arme qui se retira du corps flasque avec un ignoble bruit de succion, il trancha les quelques tripes qui s’étaient enroulées autour de la corde tout en épargnant la clé autour de laquelle s’était enroulé le grappin et une partie de la corde de soie. Akira en appela à toutes les forces qui lui restaient pour remonter son allié de cette fosse, et surtout cette clé si âprement méritée. Essoufflés, mais en vie, les trois Bushis pansèrent leurs nombreuses blessures et repartirent en direction de l’écurie. Dehors, il ne demeurait plus aucune trace de tempête, ni de brouillard...

Lorsqu’ils arrivèrent, ils découvrirent Keitaro, lui aussi blessé, entouré de trois corps humains fraichement tués, tous armés de dagues. « Des Maho-Tsukai ont tenté de nous attaquer, mais j’ai réussi à… il s’interrompit, observant les samurais couverts de sang et titubant, se soutenant les uns les autres. Je vois que ça n’a pas du être facile pour vous non plus. Les moines étaient dans le coup ?
- Oui, comme je l’avais suggéré
, répondit Kojiro en lança un regard en coin vers Shiryû.
- Apparemment c’était le repaire du maître de ces créatures, renchérit Akira. Nous lui avons réglé son compte, et voici notre billet de sortie, ajouta-t-il en exhibant la clé de l’écurie.
- Parfait, dit Keitaro pendant qu’Akira ouvrait le lourd cadenas, ne traînons pas ici. Cela fait un moment qu’il n’en est pas arrivé d’autres, mais je ne tiens pas à prendre plus de risques pour Mikuhime sama.»
Le groupe pénétra l’écurie et découvrit avec soulagement que les chevaux et les chariots se trouvaient bien là, en bonne santé et en parfait état. Un rapide inventaire leur permit de constater que rien ne manquait dans leur matériel, aussi décidèrent-ils de se mettre en route.
« Un instant, les interrompit Akira en leur montrant un coin de l’écurie dans lequel étaient entassés de nombreux tonneaux. Il en ouvrit un et en huma le contenu. De la poix, sûrement pour les menus travaux de rénovation et pour allumer les torches extérieures.
- Parfait, dit Kojiro, c'est exactement ce dont nous avons besoin pour exterminer ces créatures une bonne fois pour toute. Nous ne pouvons pas partir en laissant derrière nous un endroit aussi potentiellement dangereux pour l’Empire.
- Tu as parfaitement raison, lui répondit Keitaro. Nous avons une mission d’escorte à remplir, mais il est du devoir de tout samurai de détruire tout danger que menacerait la sécurité de l’Empire et de ses habitants. Et ce village en est indubitablement un. »
Les samurais se mirent donc à l’ouvrage. Ignorant la douleur, ils entreprirent de barricader les issues des différents bâtiments qui composaient le village afin que personne n’en réchappe. Les êtres les plus dangereux avaient vraisemblablement été terrassés par le groupe car aucun habitant ne se risqua à sortir pour les affronter, préférant se terrer dans leurs masures. Ils aspergèrent ensuite de poix chaque parcelle du village et au moment de reprendre la route, Keitaro lança sans regrets une torche dans la flaque prévue pour déclencher un incendie aussi mortel que purificateur. Le convoi quitta le village en feu sans regarder en arrière et poursuivi sa route vers Kyuden Isawa.

Il y avait cependant une chose à déplorer : cette mésaventure n’avait pas suffit à fermer le clapet à Mikuhime, qui continua ainsi de taper sur les nerfs de tout le monde durant le reste du voyage...




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