Los Angeles, Janvier 1939,
Voilà huit ans que je n’ai pas vu mon reflet, huit ans que je suis mort et pourtant, je suis là à écrire. J’ai envie de laisser une trace de moi, même si personne ne lira cette histoire qui ne raconte que très brièvement ma vie.
Tout d’abord, je suis né de ma première naissance le 12 novembre 1902, sous le nom de Carlisle Cullen, en Angleterre, dans cette si jolie ville qu’est Londres, dans une famille très catholique. Je crois que c’est de là que me vient ma façon d’être, si critique envers les autres, si intolérant. Il faut avouer que mon père ne l’a jamais été, ce qui ne me donnait pas un très bon exemple. J’ai alors fait mes premières classes et vu les horreurs de la guerre, à l’age de 12ans, je me rappelle encore nettement les larmes de ma mère.
Mes géniteurs faisaient partie de la classe bourgeoise comme on dit maintenant, ainsi ils étaient propriétaires d’un beau pavillon, à mon goût. Mais voilà mon père commençait à prendre de l’importance politique dans le quartier, après son retour de la guerre où il avait été accueilli en héros.
Ainsi à l’age de 26ans, en 1929, j’eus la chance, si l’on peut dire, de n’avoir pas été chez mes parents, lors d’une soirée avec des amis. A mon retour, la maison avait flambée, soit disant un accident bien sur... Mes parents étaient ainsi morts brûlés. On m’avait bien fait comprendre qu’il fallait que je m’en aille, je n’étais pas le bienvenu dans ce quartier à ce moment là, le mettant en danger et surtout les gens qui m’auraient soutenu.
Alors voilà, avec mes convictions, je suis parti les poches presque vides à New york. J’ai eu beaucoup chance de trouver un travail à peu près stable. Il faut bien avouer que dans les premiers temps, les patrons ne me gardaient pas longtemps, mes remarques ne leur plaisaient pas. J’ai ensuite réussi à tenir ma langue, je travaillais alors dans un chantier assez important, je faisais tout pour être dans les bonnes grâces du patron, qui avait fait de moi son bras droit et m’avait appris les ficelles du métier de chef de chantier. Ce mec n’était pas très clean mais j’aimais bien sa façon d’agir, il profitait de son statut, certes pas très haut mais il savait en jouer. Un matin, je débarquais donc au boulot comme d’habitude, mais cette fois-ci, le patron n’était pas en état de travailler. Je l’avais retrouvé en plein milieu du chantier, attaché à un pilier, les mains liées derrière le dos, les pieds de même, la bouche pleine de ciment. Il était mort. Les flics sont venus, ils ont enquêté, très peu, pas étonnant avec toutes les magouilles qu’il avait dirigé. Ainsi la semaine suivante j’avais repris le boulot mais à un autre poste, le sien. Les affaires tournaient plutôt bien au chantier, même si j’en avais choqué plus d’un avec ma rapidité à reprendre le flambeau. Mais comme l’argent entrait dans les caisses, tout allait bien, personne ne faisait de remarque.
Après le boulot, j’avais pris l’habitude de perdre mon temps dans un vieux bar du coin, du nom de Calypso. J’y allais souvent pour noyer ma solitude dans un verre d’alcool, il faut avouer qu’avec une tolérance comme la mienne, mes goûts bien présomptueux, et bien sur mon physique peu attrayant, je ne pouvais pas me trouver une dame comme j’en rêvais. J’en profitais aussi pour lire le journal, d’ailleurs ces derniers temps on pouvait remarquer un nombre important de disparitions, toutes ayant lieu la nuit. Je trouvais ça étrange, surtout que les disparus n’étaient pas n’importe qui. Ils étaient connus pour leur intolérance et leur indiscrétion. Les journaux ne donnaient pas de détail quant à la raison de leur disparition ni d’ailleurs sur les moyens utilisés, il n’y avait jamais de trace. C’était à croire que des monstres enlevaient ces gens. Mais cela ne m’intéressait pas et je ne prétais pas plus attention que ça aux disparitions. Mais, après quelques verres, il m’arrivait aussi fréquemment de trop parler, exposant ma vision de la vie à qui voulait bien l‘entendre. A force de me voir et de m’entendre, on finissait par me connaître dans le coin.
J’aurais peut-être du faire plus attention et écouter un peu plus mon instinct, parce que j’avais bien raison, il y en avait, des monstres.
Ce fut donc un soir de décembre 1930, qu’à la sortie du Calypso, une très belle femme me héla, elle m’annonça qu’elle m’avait souvent entendu déblatérer dans ce bar.
Je me rappellerai encore longtemps de ses yeux noirs, de son teint laiteux, de sa beauté parfaite et de sa classe naturelle. J’étais tombé amoureux, littéralement.
Elle me faisait fondre, alors voilà que le soir je ne buvais plus mon verre seul. Je ne comprenais pas pourquoi elle m’avait remarqué, moi, mais en même temps, je me moquais bien de cela, l’amour rend aveugle comme on dit.
Au bout d’un mois, elle finit par me suivre dans mon petit appartement. Sur le chemin, je lui pris la main, la trouvant assez froide, je ne me posais pas de question. A la vue de ma porte d’entrée, je la sentis se réchauffer rapidement. Cette femme merveilleusement belle, prit une teinte rosâtre sur les pommettes, je l’aimais encore plus. Je la fis entrer, la fis visiter, et avant même de l'avoir amenée dans ma minuscule salle de bain, elle me montra un empressement que je ne lui connaissais pas. Elle se colla à moi, posa ses lèvres contre les miennes, étrangement chaudes. Je me sentais bien, heureux. Elle m’allongea sur le lit, et là, par pure frayeur, je lui annonçais misérablement que je comptais rester pur jusqu’au mariage. Elle me surprit en me demandant en mariage dans la seconde suivant mon aveux. J’acceptais, je ne sais pas pourquoi. Ainsi, elle me fit comprendre que ma pureté, si je la perdais à quelque mois près, ça n’avait pas d’importance. J’étais au septième ciel, avant même de l’avoir vue nue. Elle me défit un à un chaque boutons de ma chemise noire, je frissonnais, je sentais ses doigts doux sur ma peau...
Et en une seconde, sa robe avait disparu révélant ses merveilleuses courbes, je l’aurais regardée pendant des heures tellement elle était belle.
En un instant voilà que je venais de perdre ma pureté. Je croyais être en train de rêver tellement c’était bon, j’en rêve encore aujourd’hui parfois. Lorsque ce fut finit, elle s’allongea près de moi. On regardait fixement le plafond, pendant un temps qui me parut interminable. Tout paraissait totalement irréel quand elle était près de moi.
Me sortant de ma rêverie, elle me dit sur un ton joyeux et taquin, « Je peux t’emprunter ta salle de bain? », du tac au tac je lui répondais « Je peux te suivre? », son regard sans équivoque me laissa comprendre que c’était bien dans ses intentions. Elle se leva, gracieusement, je la regardais atteindre la porte de la salle de bain, je me levai alors pour la rejoindre.
Elle ouvrit alors la porte en me faisant un clin d’oeil aguicheur. Mais voilà derrière elle, contre le mur, au dessus du lavabo, mon miroir ne reflétait pas son corps magnifique, juste mon visage surpris et effrayé.
Je fis alors trois pas en arrière dans une peur terrible. Elle s’approcha alors doucement, me rassurant à moitié en me disant qu’elle ne voulait pas me faire de mal. Je ne la croyais pas, et pourtant mon coeur me trahissait. Qu’avait-elle fait pour que je ne puisse m’enfuir. Elle m’expliqua alors ce qu’elle était.
J’avais peur, mais je ne voulais pas la perdre, pas elle.
Soudain, un grand nuage d'ombre apparut autour d'elle, grandissant. Je ne voyais plus les contours de la pièce, juste elle, puis le noir complet. Dans une étreinte qui me paraissait alors aussi douce que brutale, elle me donna mon baiser. Je savais alors consciemment ou non que ce serait mon dernier souffle en tant qu’homme vivant.
Une chose me marquera à jamais, l’impression que j’avais. Mon âme pleurait, mon sang coulait le long de mon cou, mes yeux se voilaient et la chaleur de mon corps me quittait.
A mon réveil, une terrible soif me pris, une soif de sang. Mon ange avait déserté, elle m’avait abandonné, je pleurais, moi qui lui avait tout offert en une nuit.
Soudain, je vis quelqu'un qui se cachait, dans un coin de la pièce, sans réfléchir, mené par ma soif, je me jetai sur lui. A mon second réveil, où cette fois j'avais vraiment repris conscience, je vis cette fille à mes pieds, couverte de sang, son sang. C'était Rébecca, une collègue de travail, mais aussi ma seule amie.
J'ouvris alors les yeux sur le reste de la pièce, remarquant une marre de sang là où j'étais mort, puis sur une table, je vis deux lettres, dont l'une cachetée. Je compris alors que si Rébecca n'avait pas touché aux lettres, ni disparu, c'est que ma déesse était restée, jusqu'à ce que je me réveille la première fois, en pleine frénésie.
Voilà ce que disait le premier pli:
« Je crois que tu l'as compris, tu es maintenant un vampire, comme moi, un Lasombra. Nous, mes frères et moi, t'avons remarqué avec ta conception de la vie, des gens et du monde qui t'entoure, ainsi nous t'avons choisi, pour devenir l'un des nôtres.
Je ne vais pas t'expliquer dans une lettre ce que signifie être un Lasombra, ainsi il va te falloir trouver par toi-même. Saches que tu es dans la ville même des Lasombras donc tu n'auras pas de difficulté pour trouver un de tes frères qui sera à même de t'expliquer.
Angéla
PS : je te laisse un second pli, quand l'heure sera venue de le lire, tu le sauras. »
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une envie de déménager,
une envie de changer d'adresse
une envie de partir
dites moi si c'est normal...