Basilique Sainte
Marie Los Angeles. La sacristie de la Basilique était à présent le domaine de la
Mort. La tête de l'ancien Archevêque reposait sur le petit bureau.
Cette dernière servait de chandelier pour Einhart. Le fait qu'il ait
côtoyé des Tzimisces par le passé le poussait dans des instants
assez morbides. Mais l'heure était à l'ordre. La pâle lueur de la
bougie éclairait Raynor dans son travail.
L'ancien Archevêque avant de mourir avait donné le nom de chaque
Ductus de la ville et leur chapelle connue. C'est dans un style
académique presque disparu qu'il convia le Sabbat pour un festin de
sang. Il était temps qu'il entre en scène et qu'il assoit son
pouvoir. Dans un mélange déroutant de flatterie et de respect - car provenant d'une sommité du Sabbat -,
Raynor attendait beaucoup de ses sujets. Il posa un oeil sur son
journal évoquant le tueur en série qui mangeait ses victimes. Une
petite lettre était posée dessus. Une écriture cristalline aux
courbes particulièrement agréable indiquait un lettré. Le
destinataire était le nouvel Archevêque. A lui Raynor
Einhart. Voilà quelques heures qu'il avait tué le précédent
Archevêque et
il était déjà au courant.
Ce frisson d'excitation ne l'avait pas remué depuis des semaines
déjà. L'ancien Archonte Malkavien avait attiré son attention et
maintenant lui...
Le tueur de la ruelle de sang.Oui, à présent, il retenait toute son attention d'autant que le
tueur lui adressait ses salutations avec l'idée en tête d'une
rencontre future. Cet individu lui rappelait sa folle jeunesse. Oui,
il sera mon infant, marmonna l'Archevêque dans l'obscurité.
Il se retourna. De ses yeux rouges, il adressa un bref signe de tête
à un être invisible. Un homme vêtu d'une longue toge noire.
« Toi, va porter ceci à chaque Ductus, ordonna Einhart d'une
voix impérieuse.
Je n'obéis qu'à son Excellence Hubriana, répondit-il froidement »
Ce petit humain avait été bien éduqué. Mais... Une forme noire
indistincte émergea d'un coin de la pièce et broya l'humain contre
la paroi. Le sang qui avait giclé regagna l'ombre.
L'Archevêque tourna la tête vers le second sacristain.
« Toi apporte ceci aux Ductus..., répondit-il paisiblement. »
Ses yeux rougeoyants étaient terrifiants et personne n'aurait pu le
contredire.
L'humain emporta les plis et disparut sans tourner la tête vers son
nouveau Maître Vampirique.
Einhart se leva, fixa une broche de l'église à la manche de son
costume et entoura son cou d'une écharpe violette témoignant de son
nouveau rang. Pour les humains, le premier côté indiquait les
armoiries de l'évêque. De l'autre, Einhart avait brûlé l'étoffe
pour en faire apparaître fièrement les armoiries du clan Lasombra.
Enfin, il redevenait lui-même depuis.... Trop
longtemps à son goût.
L'Archevêque disparut dans l'ombre d'un coin du mur.
* * *
L'Hôtel Ambassador
La jeune ventrue Anti-tribu Dehlia De Nethis n'était certainement
pas un vampire du Sabbat ordinaire. Sa dame de la Camarilla l'avait
choisie mais avait remarquablement mal choisie. Née dans l'opulence
des milieux mondains, elle avait repris l'héritage familial et
s'assurait tous les marchés de l'immobilier. Ainsi, si les petits
pavillons résidentiels lui échappaient, elle avait néanmoins un
droit de regard sur tous les grands buildings se construisant aux
Etats-Unis.
Quelqu'un toqua à la porte de sa chambre. Par charité, elle logeait
ses frères et soeurs de meute dans le même hôtel. Sa meute « les
Artistes du Sang » vivait donc dans le grand luxe. Dehlia pensa
un instant qu'il pouvait s'agir d'un membre de la meute mais non, le
sang indiquait qu'il s'agissait d'un humain.
Elle finit de signer une dernière transaction et accepta la goule.
L'abbé (celui qui s'occupait des refuges des meutes du sabbat)
déclara d'une voix hésitante mais néanmoins respectueuse.
« Un pli pour votre Ductus...
Apporte-le moi...
L'expéditeur impose de lui remettre rapidement, se risqua t'il.
Je lui apporterai personnellement. »
Le discours était terminé. La goule se retira rapidement après
avoir posé le pli cacheté sur une petite commode non loin de la
Caïnite. Une rumeur dans le service faisait mention d'un invité de
la meute. Un serveur avait « exigé » un pourboire. Le
serveur s'était retrouvé le bras démantibulé, enfoncé dans son
postérieur. Non, il ne fallait absolument pas froisser les maîtres.
Le mot d'ordre à la réception était de ne jamais rien leur
refuser.
La ventrue anti-tribu était curieuse. Elle fronça les sourcils en
observant le vieux cachet de cire. Le procédé était ancien mais
avait fait ses preuves. Elle ne pouvait ouvrir le pli sans que son
Ductus s'en rende compte. Et lui non plus, il ne fallait pas le
froisser... Même en essayant de lire par transparence, le courrier
demeurait impossible à déchiffrer. De Nethis se résigna et
emprunta le chemin pour rejoindre son Ductus, le Lasombra Carlisle
Cullen.
Carlisle Cullen ne disposait pas de l'immense fortune de sa Soeur
mais s'il disposait du poste de Ductus, c'est bien parcequ'il
représentait l'âme pensante du groupe. Leader né, il s'imposait de
lui-même sous tout point de vue. Ainsi, le plus souvent, la réussite
et l'échec des missions, qu'ils entreprenaient, provenaient
généralement de la décision finale de Carlisle.
Par respect pour son Ductus, De Nethis frappa à la porte. Sur
son invitation, elle entra.
« Chef, un courrier pour vous.
On ne me l'a pas pas apporté directement? Demanda t'il en levant un
sourcil suspicieux.
Je reçois tous les courriers, avoua la Ventrue. »
Le Ductus prit le pli, adressa un bref regard à son ornement et son
expéditeur puis l'ouvrit.
En cette nuit du 13 janvier 1939, moi, Raynor Einhart, nouvel
Archevêque de Los Angeles, convie votre Personne et vos compagnons
de meute pour une nuit ensanglantée. Un festin de sang vous est
proposé la nuit de pleine lune du 15 janvier 1939. Je me présenterais à vous et vos pairs dans l'accomplissement de cette
nuit. Pour le bon déroulement de ces festivités, 10 corps vivants seront à
apporter au hangar en construction pour le nouvel aéroport. Signé
Raynor Einhart Le plus flagrant dans cette lettre, si ce n'était le style trop
affectueux, était encore l'écriture en elle-même. Provenant d'un
autre Age, l'écriture de l'Archevêque démontrait la provenance
d'une ancienne architecture latine. Donc de l'âge féodal ou plus
loin encore... Mais Carlisle était loin d'être un étudiant de
génie dans l'étude dichotomique de la grammaire latine.
Il leva les yeux. « Bon on rassemble tout le monde, on part en
chasse. »
* * *
Salle de réception de l'AmbassadorL'ensemble de la meute des artistes du sang était réuni dans le
salon luxueux de l'Hôtel. Le Ductus, De Nethis, le Révérend
Jonathan Fillen, Gabriel Reybbs, et Gina Barthow.
Le « Révérend » était bien entendu le titre du prêtre
de la meute. Du clan Tzimisce, il était quelqu'un assez sinistre en
son sens. Personne n'avait osé à ce jour se risquer dans sa
chambre. Son père lui avait allongé les jambes le jugeant trop
petit mais en omettant d'adapter la taille des bras. Fillen était
quelqu'un de calme. Mais lorsque le calme était remplacé par de
l'exaspération, une petite lame sortait de son poignet et pour se
détendre, il jouait avec (avec l'intention parfois de se
blesser volontairement). Toujours vêtu de pantalons raides de basse
fabrication, il contrebalançait le haut standing de la meute.
Plus proche en un sens de ce décalage, Reybbs, le Malkavien
anti-tribu, tranchait. Assez inquiétant, ce Malkavien semblait rire de toutes les situations ou se moquer. Ce Malkavien avait la
particularité de beaucoup parler après ses repas. Il « voyait »
ses victimes, ce qui l'amusait aussi parfois. La meute semblait
discrète à ce jeu mais voyait le Malkavien comme un bon Frère de
meute. La folie était une arme puissante quand on savait la manier.
Enfin, la Toréador Anti-tribu Gina Barthow incarnait la beauté. Une
beauté froide, à hauteur de ses talents de prédateur, Barthow
n'avait pas son pareil pour délier les langues. D'une manière ou
d'une autre, ce Caïnite arriverait à savoir la vérité et à
discerner les mensonges. Pire encore, elle était impitoyable et
n'éprouvait aucune pitié.
Les cinq membres de la meute se dévisageaient, attendant que leur chef
prenne la parole.
Les « Artistes du Sang » allaient partir en chasse. Le
premier pion de l'échiquier était lancé.
* *
Chacun chassait de son côté.
De Nethis faisait appel à son influence auprès de la « bidoche »
pour la mettre ensuite au frais. La belle Barthow fit de même.
Les deux Caïnites avaient d'ailleurs à eux deux réunis les dix
proies. Mais, Fillen le Tzimisce, Reybbs et le Ductus avaient du mal
avec cette soirée. La malchance sans doute. Non... la première
épreuve étaient justement de réunir autant de personnes malgré
les allées et venues incessantes de descentes de Police luttant
contre le tueur psychopathe et aussi de les garder en vie
suffisamment longtemps malgré les pulsions meurtrières du Sabbat.
Il n'était donc pas étonnant que la moitié de la meute ait du mal à
trouver des victimes. Les meutes de nouveaux nés eux, avaient encore
davantage eu de problèmes notamment avec la Police.
L'épisode le plus troublant fut encore celui de Reybbs, il avait
finalement réussi à trouver quelqu'un... Un basketteur fêtant sa
victoire mais comme il était noir, il fêtait sa victoire seul. Le
Malkavien n'eut aucun mal à le mettre hors d'état de nuire.
Mais alors que des voix l'assaillaient après son repas, une certaine
tension retint l'attention de sa bête. Et instinctivement, elle
observa loin devant elle dans les branchages du parc dans lequel elle
venait de prendre sa proie. Une nuée noirâtre habitait le cœur de
la forêt. Il s'en dégageait des pulsions meurtrières si
puissantes que c'était tout le corps de Reybbs qui frémissait. Au
milieu de ces ondes, des lueurs rougeoyantes inondaient cette
obscurité. Pris de vertige, Reybbs s'effondra à moitié, puis,
redressa la tête. La lueur avait disparu ainsi que les voix. Reybbs
pensait avoir rêvé...
* * *
Retour à l'hôtel Ambassador.Chaque Caïnite les avait ramené et emmené à l'étage -8.
Seulement voilà, De Nethis faisait confiance à son hôtel et
l'heure était à la séduction gracieuse, sensuelle, soit une
première mise en bouche, une première alarme vint la troubler.
Quelqu'un s'amusait dans l'hôtel.
Le Ductus seul alors descendit se rendre compte. Rendu à l'étage
-8, Cullen observa les dégâts. L'hôtel n'avait pas été conçu
pour accueillir un cachot et tout était relié à un disjoncteur,
les geôles y comprises. Ainsi, la grille des prisonniers était
grande ouverte. Cullen se retourna pour remettre en fonction
l'électricité mais il ressentit une présence dans son dos. L'une
des victimes se tenait là devant lui armé d'un tesson de
bouteille. Une sorte de dealer mais simplement vêtu d'un caleçon pourvu de petits cœurs roses. Il abattit son poing et le verre
racla la peau du Lasombra.
Le Lasombra secoua la tête et entra dans une fureur inégalée. Il
sauta à la gorge de son assaillant et en arracha un bout d'un simple mouvement de tête. Les cris des prisonniers retentirent.
Ils eurent une réaction curieuse : s'enfermer dans les geôles pour
se protéger de ce monstre.
Le Lasombra n'en avait pas terminé. D'un mouvement de la main, il
plongea à l'intérieur des viscères du malfrat et arracha le tout
puis sectionna chaque membre de rage. Le sang giclait sur les murs.
Les viscères, les membres, les organes tout était étalé dans un
amas spongieux, visqueux.
Bienvenue dans le Sabbat.